FISCHER Wayne

  • Porcelaine, 1989

    H : 71 x 61 x 25 cm

     

  • Porcelaine, 1989

    H : 56 x 70 x 24 cm

     

  • Porcelaine, 1989

    H : 47 x 34 x 13 cm

     

  • Porcelaine, 2003

    H : 57  x 49 x 30 cm

     

 

Comment un objet inerte, peut-il dans la durée faire surgir du tréfonds de soi, des émotions insoupçonnées, indicibles et incontrôlables ? Wayne Fischer est artiste pour cela, pour créer une œuvre qui surprenne, questionne et émeuve. S’il ne sait dire pourquoi ses œuvres génèrent des sensations chez celui qui les regarde, s’il ne sait expliquer les raisons profondes de sa recherche plastique, il connait les rouages de la pratique artistique qu’il a inventée et ses limites.

Aucune rupture n’est venue troubler la démarche qu’il s’est imposée dès l’université et le sens de son œuvre : traduire le vivant. Car, si Wayne Fischer a reçu plusieurs prix internationaux et obtenu rapidement la reconnaissance de son savoir-faire  parmi les professionnels de la céramique, il reste isolé, à la fois incontournable et dérangeant. Ses sculptures sont paradoxales, puissantes et sensuelles, et peuvent générer un certain malaise. Elles sont belles, charnelles, « caressables » tout en étant hors de nos canons de beauté. L’ambiguïté entre l’attirance exercée et le rejet est au cœur de cette évolution.

Les céramiques des années 80/90 sont imposantes par leur taille, leur stature et la symétrie qui les équilibre. Elles suscitent l’étonnement et la curiosité, jouent sur les contrastes entre douceur et agressivité. Elles font référence au torse masculin sans pour autant refléter une quelconque réalité. Ce sont de séduisants et énigmatiques bifaces, qui se regardent d’un côté ou de l’autre. Puis Wayne s’est inspiré des formes de coquillages, des bivalves parfois présentés comme flottant dans l’espace. Mais de la référence au monde marin à celle de l’intériorité mystérieuse du corps féminin, il n’y a qu’une nuance d’interprétation, et seuls, l’héritage culturel ou la maîtrise des sentiments, conditionnent le regard du spectateur, font qu’il accepte ou refuse de regarder, de se laisser séduire. Il touche ou il fuit.

Les plus récentes sculptures s’apprécient dans la plénitude d’un volume sphérique, dans la recherche d’une pure beauté universelle.  Métamorphose, l’œuvre récemment primée par la Fondation Bettencourt, est issue de ces nombreuses pièces tournées et déformées en repoussant la porcelaine de l’intérieur afin que les bosses évoquent le mouvement des vagues ou les silhouettes de corps pluriels. La justesse, la netteté des ruptures, l’assurance des lignes témoignent de la puissance intérieure qui préside à la création. L’énergie de la vie exprimée est aussi ressentie par l’artiste comme celle des origines de la céramique. Toutes les pièces sont en courbes, et en tension ténue. Nulle mollesse, nulle trace gestuelle, nulle empreinte. Et pourtant, une impression de spontanéité, une acceptation du hasard lorsque la plaque de porcelaine lâchée, retombe sur une forme aléatoire. Suivant les angles de vues, le contenant devient « l’Origine du monde ». La sensualité, la féminité sont exaltées. Inspirées par le corps, l’avant et l’après naissance ou simplement la mer, les sculptures conjuguent leurs différentes parties autour d’une cavité, d’un mystérieux intérieur, secret et troublant. Il ne correspond pas à l’en-dedans de la paroi extérieure et possède son volume propre, ses déformations, son intimité. Les pièces disposent donc deux sortes d’intérieurs, l’un ouvert, partiellement dévoilé, et l’autre totalement  caché, interne.  Les différences de leur déformation respective renforcent l’impression de vie souhaitée : une représentation subjective des muscles et des os par des bosses poussées par une force intérieure, sans doute celle des viscères mis en mouvement par la respiration. La surface de la céramique est craquelée mais lisse et fine comme la peau, renvoyant même la lumière à l’identique. Les nuances de la coloration renforcent également l’expression de douceur et de sensualité.

L’accord entre la technique et ce qu’elle donne à voir ou ressentir est rarement aussi intimement réussi.

Wayne Fischer a mis au point sa technique à la fin des années 70 et lui est resté fidèle. Il ajoute des fibres à une pâte de porcelaine choisie pour sa blancheur, afin d’en accentuer la tenue, et façonne les volumes autour du vide à la manière des céramistes, par assemblage de pièces tournées ou de plaques. Puis il tourne un élément, le creux qui viendra prendre place à l’intérieur. Chaque partie est déformée sans marque de la main, avant ou après l’assemblage. Naissent ainsi des sculptures ou des objets dits à double parois. Les colorants sont soufflés à l’aérographe puis recouvert d’un émail transparent pulvérisé en une fine couche. L’ensemble est coloré à la manière d’un peintre, en maîtrisant la lumière. Les parties plus sombres accentuent l’ombre et la profondeur, les plus claires mettent en avant et en lumière. Après une cuisson à 1250°, chaque pièce est sablée afin de supprimer la brillance de l’émail pour n’en garder que la transparence, un doux craquelé et « une illusion optique de profondeur ». Cette description succincte du processus de fabrication inventé ne rend pas compte de la complexité et de la maîtrise nécessaire. D’ailleurs, cette technique fastidieuse n’a pas été reprise par d’autres céramistes. Elle demande un savoir-faire unique que Wayne Fischer revendique avec détermination. « Il faut sentir la matière pour créer des œuvres puissantes » professe-t-il.  Connaître parfaitement les matériaux est une nécessité pour exprimer au plus juste une volonté plastique mais il est également impératif d’avoir quelque chose à transmettre avec cette technique.

Wayne est avant tout artiste. Dès le lever, quoiqu’il fasse et où qu’il soit, Wayne est artiste, parfois même déconnecté de la réalité. Aucune concession n’est possible, ni dans sa démarche, ni dans le temps qu’il consacre à son travail.  Il n’a pas cherché un métier alimentaire, il ne s’est pas détourné de son chemin quelles que soient les souffrances, les sacrifices et les tensions générées par une attitude intransigeante. Sa persévérance et son obstination ont maintenu ses sculptures à un très haut niveau de qualité.

Hors des courants contemporains, céramiques ou artistiques, sans appartenance à aucune mouvance, sans se référer à l’histoire de la sculpture du XXème siècle, qui a mis à l’honneur d’autres matériaux et d’autres techniques, Wayne Fischer innove. Son style lui est propre. Il parle du corps sans être figuratif et n’est pas vraiment abstrait car les œuvres transpirent d’érotisme. Tout en gardant une simplicité des formes – influencée lors de ses études par l’œuvre de Barbara Hepworth – Wayne Fischer s’adresse à l’inconscient et cherche à créer ce trouble qu’il a lui-même ressenti au regard d’œuvres de Bacon, Goya ou Magdalena Abakanowicz.  Il démontre, comme Bernard Dejonghe, que l’artiste n’est pas à opposer à l’artisan, que la céramique peut donner naissance à des œuvres d’art et « faire naître une pensée, une émotion et partager un regard sur le monde ».

                                                                                                                      Nicole Crestou

Parcours

Né en 1953, à Milwaukee au Wisconsin, Wayne Fischer a suivi des études artistiques dans les universités de Waukesha et de Milwaukee. En parallèle, il s’intéresse à la physique et à l’astronomie tout en collectionnant les pierres et les fossiles. Les témoignages ou les représentations des origines de la vie le passionnent. Il arrive à Paris en 1986. Bien qu’il ne dispose que d’une table dans un atelier collectif de banlieue, ses pièces sont déjà remarquées et sujets de publications. Il voyage en Europe. Sa participation en 1991 aux Rencontres de Bandol, workshop international, le mène au Revest, village du Var, où il s’installe et fonde une famille. Chaque sélection dans des expositions de renom, chaque prix le stimulent et sont des étapes dans l’avancement de sa recherche. Les sculptures réalisées pour la Biennale de Châteauroux en 1989, celles qui reçoivent les premiers prix de la Biennale d’Andenne ou de la Triennale de Spiez en 2000 sont des pièces tout aussi exceptionnelles que celles exposées dans les galeries ou dans les musées. La présentation de Frédéric Bodet au Musée des Arts décoratifs de Paris en 2010, lors du Parcours Céramique, restera dans la mémoire des visiteurs par la pertinence de l’accrochage, de la confrontation au mobilier et de l’étrange beauté dégagée. Enfin, l’obtention du prix Bettencourt 2012, Talents d’exception, offre à Wayne Fischer une plus grande visibilité sur le marché de l’art qu’il conforte par la sélection de « chefs-d’œuvre » ici reproduite.

Prix / Awards

2012 Prix Liliane Bettencourt, L’Intelligence de la Main, France
2005 Biennale Internationale de la Céramique, Cebiko, Corée
2000 Triennale de l’ Art de Céramique, Spiez, Suisse
1989 Biennale de la Céramique, Andenne, Belgique
1979 Centre d ‘Art du Colorado, Colorado Springs, USA
1978 Centre d ‘Art Peters Valley, Layton, New Jersey, USA

Collections publiques / Public Collections

Musée des Arts Décoratifs de Paris, France
Musée national de la Céramique, Sèves, France
Musée d’Art de Boston, USA
First Bank de Milwaukee, USA
Musée Byer, Chicago, USA

 

Expositions

2013 Exposition personnelle, Wayne Fischer, 25 années d ‘exception, Galerie Silbereis, Paris, France

2011 La Matière et L’Imagination, Galerie d’ Ateliers d’Art de France, Corée
           Exposition personnelle, Galerie Accroterre, Paris, France

2010 Musée des Arts décoratifs, Circuit Céramique : la scène contemporaine, Paris,France
            Musée national de la Céramique, Circuit céramique : l’Académie Internationale de la Céramique & la scène française contemporaine, Sèvres, France
            Made in France, by Americans, Fondation Bismarck, Paris, France

2009 Made in France, by Americans, Fondation Bernardaud, Limoges, France

2008 Exposition personnelle, Musée Théodore Deck, Guibwiller, France

2007 Exposition personnelle, Biennale de la Céramique Carouge, Suisse

2006 Musée Internationale de Céramique Contemporaine, Fuping, Chine
            Exposition personnelle, Galerie Pierre, Paris, France
            Galerie d ‘Ateliers d’Art de France, Paris, France

2005 Exposition personnelle, Centre Céramique Contemporain, La Borne, France
            Biennale Internationale de la Céramique, Cebiko, Corée
            Galerie Loes and Reiner, Deventer, Hollande
            Voyage d’Argile, Aubagne, France
            Céramiques Contemporaines Européennes, Troyes, France

2004 Galerie d’Ateliers d’Art de France, Sculpture Objects Functional Art + Design (SOFA), Chicago, USA

2003 Triennale de l’art de la Céramique, Spiez, Suisse
            Exposition personnelle, Galerie Pierre, Paris, France

2002 Exposition personnelle, Galerie Tabla, Bergen, Norvège

2000 Triennale de l’ Art de Céramique, Spiez, Suisse

1999 Concours Max Laeuger, Allemagne
           Maison de la Céramique, Mulhouse, France
           Galerie Loes and Reiner, Deventer, Hollande
           Galerie Kunsthuis Desmet, Courtrai, Belgique

1998 Galerie Kunsthuis Desmet, Courtrai, Belgique
           Porcelaine 98, Giroussens, France
           Biennale de la Céramique Française Contemporaine, Villeurbanne, France
           Exposition personnelle, Centre Culturel de Pierrefeu-du-Var, France

1997 Maison de la Céramique, Mulhouse, France
           Galerie Emibois, Corps en feu, Suisse

1996 Biennale de la Céramique, Andenne, Belgique

1994 Biennale Internationale de Céramique d’Art, Vallauris, France

1991 Galerie Jean Lammelin, Paris, France
           Le Printemps des Potiers, La Porcelaine, Bandol, France

1989 5e Biennale de Châteauroux, France

1985 Musée Revolving, Boston, USA

1984 Musée d’Art de Naville, Green Bay, USA
           Musée d’Art de Milwaukee, USA

1982 Galerie Synopsis, Porcelaine 82, Chicago, USA
           Galerie Incorporated, Porcelaine 82, New York, USA

1979 Centre d’Art du Colorado, Objectifs 79, USA

1978 Peters Valley, Raku IV, Layton, New Jersey, USA

1977 Peters Valley, Raku III, Layton, New Jersey, USA

Work in progress